Journées du patrimoine : quatre visites le long de la ligne A

Les 19 et 20 septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, quatre sites situés le long du RER A ouvraient leurs portes : les archives de la RATP à Saint-Germain-en-Laye, le poste d’aiguillage SNCF de Sartrouville, l’exposition consacrée au ticket en carton à la Maison de la RATP, et le centre de formation caténaire de Bry-sur-Marne. On vous emmène dans les coulisses de votre ligne.

Les archives de la RATP – Saint-Germain-en-Laye

Direction le terminus Ouest. Les archives de la RATP sont installées dans un ancien tunnel, sous les jardins du château. Une archiviste accueille les visiteurs et donne les chiffres : 25 kilomètres linéaires de documents, dont 4 kilomètres d’archives historiques. La plus ancienne date du XVIIe siècle.

On vous emmène dans des couloirs qui relient plusieurs salles, un ensemble un peu tentaculaire. D’une salle à l’autre, la température et l’hygrométrie varient selon l’ancienneté et la nature des documents. Chaque support a ses propres conditions de conservation et les maintenir fait partie du travail des équipes.

Au fil des rayonnages, quelques pièces sont sorties pour l’occasion. Le dessin du viaduc d’Austerlitz, sur la ligne 5 du métro, d’une qualité de détail impressionnante. Puis un projet de plan pour la Maison de la RATP : une tour en forme de triangle, de 39 étages, qui n’a jamais abouti.

Ce document retient l’attention, d’abord par ses dimensions, puis par le mystère qui l’entoure. Les archives ne disent pas pourquoi le projet a été abandonné. On peut supposer que l’accueil réservé à la tour Montparnasse a joué, mais rien ne permet de le confirmer. C’est toute la complexité du métier d’archiviste : un document isolé n’apporte qu’une partie de la réponse. Il faut le relier à d’autres, retrouver le contexte dans lequel il a été produit et accepter que certaines questions restent ouvertes. Ce travail, discret et patient, permet de conserver la mémoire du réseau et de la rendre accessible aux chercheurs comme aux équipes de la RATP ou aux familles.

La visite se termine sur les dossiers personnels d’agents. Ce sont de loin les documents les plus touchants, parce qu’ils retracent des bouts de vie. Ces dossiers sont consultables 50 ans après le départ de l’agent et permettent parfois des moments émouvants, comme par exemple quand une famille vient en apprendre un peu plus sur un aïeul disparu.

Le poste d’aiguillage – Sartrouville

Toujours à l’Ouest, sur les branches Cergy–Le Haut • Poissy, SNCF Réseau ouvrait les portes du poste d’aiguillage de Sartrouville. Mis en service en 1973, le poste gère la circulation sur un périmètre qui s’étend de l’entrée de Houilles–Carrières-sur-Seine jusqu’à Maisons-Laffitte et Achères–Grand Cormier. Environ 750 trains y transitent chaque jour.

Dans la salle, deux aiguilleurs et un manager se relaient en trois services quotidiens : le poste fonctionne en continu, jour et nuit. Ils suivent les circulations, commandent les itinéraires et réagissent quand un train prend du retard ou qu’un incident survient sur la ligne.

Le poste est aujourd’hui piloté par informatique mais il a conservé ses capacités de commande mécanique d’origine. En cas de panne informatique, les aiguilleurs basculent sur ce mode de secours et continuent à faire circuler les trains. C’est un métier de l’ombre, dont les voyageurs ignorent souvent l’existence. Pourtant, chaque train empruntant cette partie de la ligne est géré par ce poste sans qui aucune circulation ne serait possible.

Ce ticket quel carton ! – Maison de la RATP

Retour vers le centre de Paris, à deux pas de Gare de Lyon, pour l’exposition consacrée au ticket en carton.

Le parcours commence par un rappel historique. En 1900, Paris accueille l’Exposition universelle et inaugure sa première ligne de métro, le 19 juillet. Les premiers tickets sont roses, blancs ou verts selon la classe et le type de trajet. Juste avant, on payait encore directement au conducteur de l’omnibus.

En avançant, on comprend que le ticket a enregistré les évolutions sociales. Une carte ouvrière hebdomadaire en 1927, les premiers tarifs réduits en 1930 pour les mutilés de guerre, un tarif pour les familles nombreuses en 1947. Chaque titre s’adresse à une population dont on veut faciliter les déplacements.

Puis viennent les basculements techniques. En 1973, le ticket jaune à bande magnétique remplace le poinçonnage : on composte soi-même, dans les oblitérateurs des tourniquets. Deux ans plus tard, la carte orange ouvre l’accès illimité au réseau pour un prix fixe mensuel. On cesse de payer au trajet.

Une partie du parcours est consacrée aux campagnes publicitaires. « Ticket chic, ticket choc », lancée en 1983 pour concurrencer la voiture, sort le ticket de sa fonction pour en faire un signe d’appartenance urbaine : déclinaisons de visuels, corners à Châtelet et au Printemps, objets dérivés. Le ticket jaune à bande marron devient un accessoire. C’est là qu’il change de statut, avant même de devenir un objet de mémoire.

L’exposition réserve aussi une place aux œuvres réalisées à partir de tickets. On vous fait découvrir Planète Métro, de Kimie Quach, rencontrée sur place : elle raconte la fabrication de sa pièce, mais surtout sa fascination pour ces petits objets depuis l’enfance. Le ticket est d’abord une solution de praticité, mais il a nourri la créativité d’autres, et ces œuvres sont aujourd’hui devenues collector.

On en ressort avec deux choses différentes selon l’âge qu’on a. Pour certains, c’est l’occasion d’en découvrir plus sur un témoin des évolutions sociales et des usages de mobilité. Pour d’autres, de se replonger dans des souvenirs d’enfance.

L’exposition s’appuie sur l’expertise de Lise Brunet, sociologue à l’institut Sociovision, et de Grégoire Thonnat, spécialiste et collectionneur de titres de transport.

Le centre de formation caténaire – Bry-sur-Marne

Dernière étape de la journée : le centre de formation caténaire de la RATP, à Bry-sur-Marne, à l’Est de la ligne. C’est ici que se forment les agents chargés de l’entretien de la caténaire, le câble qui alimente les rames en électricité. Dès l’arrivée, on vous équipe d’un gilet fluo, d’un casque et de coques pour protéger les pieds.

La visite commence par le matériel d’intervention. Les engins portent des noms de code plutôt amusants : LAMA, ELAN… Les formateurs font la démonstration de l’enraillement d’un LAMA. L’engin doit être positionné exactement au bon endroit sur les rails et le geste est d’une grande précision.

On vous explique ensuite les contraintes du métier. Une fois le trafic arrêté, les équipes ne disposent que d’une fenêtre d’environ quatre heures. En une nuit, une équipe contrôle 1,5 kilomètre de câble. L’essentiel du travail relève de la maintenance préventive. Derrière chaque journée de circulation normale, il y a une organisation minutieuse, reconduite nuit après nuit.

Direction ensuite la caténaire école où chaque élément de la structure est présenté. On y trouve notamment un pantographe, ce bras articulé fixé sur le toit des trains qui capte le courant au contact du câble. Un détail retient l’attention : la caténaire est décalée en zigzag de 20 centimètres permettant au pantographe de ne pas s’user toujours au même endroit.

Ce qu’on retient de cette visite, c’est l’exigence de ces métiers, qui combinent technicité, rigueur sur la sécurité et interventions de nuit dans des délais serrés. C’est de ces équipes, invisibles pour les voyageurs, que dépendent la circulation de votre ligne chaque jour.

Pour conclure

Quatre sites, une seule ligne : les archives qui conservent son histoire, le poste qui règle la circulation à l’Ouest, un ticket qui a accompagné des générations de voyageurs et les équipes qui l’entretiennent pendant la nuit.

Les Journées européennes du patrimoine reviennent chaque année en septembre. Le programme des visites est publié quelques semaines avant sur des sites dédiés et l’inscription est nécessaire pour la plupart d’entre elles.

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